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Le photographe François Halard

François Halard est l'un des photographes de décoration les plus reconnus actuellement. Ses parents, eux-mêmes célèbres dans l’univers de la décoration, accueillaient régulièrement chez eux d'illustres personnages de la photographie, tels qu'Helmut Newton - pour des séances de travail. Repéré par de grands noms de la presse déco et de mode alors qu'il est encore étudiant aux Arts Déco, François Halard intègrera très vite de prestigieux magazines tels que Vogue US, House & Garden, ou encore Vanity Fair, magazines auxquels il continue de collaborer aujourd'hui. Ce grand amateur du Beau a ainsi construit sa carrière de photographe à travers des rencontres d'artistes, peintres et écrivains célèbres, aux détours de lieux majestueux, chargés d'histoire, d'objets rares et précieux, garants de notre patrimoine intellectuel et esthétique.
Ce mois-ci pour Processus, L'invitation au voyage, par François Halard. 
LEGENDE
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INTERVIEW

- Premiers contacts avec la photographie ?
François Halard : Mes parents étaient éditeurs de meubles et de tissus, et notre maison servait fréquemment de lieu de prises de vue : j'ai donc pu observer de prestigieux photographes comme Helmut Newton, Karen Radkai, Jacques Dirand ou Gilles de Chananeix qui venaient travailler régulièrement chez nous. Très jeune, également, je feuilletais des revues telles que L'Oeil, Domus ou Abitare, auxquelles mes parents étaient bien sûr abonnés, et des journaux de mode, comme Elle ou Marie-Claire. Vers quatorze ans, j’ai commencé tout naturellement à photographier ce qui m’entourait et j'ai très souvent séché les cours au lycée pour assister aux prises de vue qui avaient lieu chez moi… difficile de résister. J’ai eu également la chance de pouvoir être l'assistant, durant toutes mes vacances scolaires depuis l’âge de quinze ans, de différents photographes.
 
- Dans ce contexte, devenir photographe semblait presque une évidence… ?
FH : En effet... Ma toute première commande m'a été confiée par Marie-Paule Pellé - célèbre directrice artistique qui, à cette époque, fondait Décoration Internationale - pour la couverture de Maison de Marie-Claire. J'avais alors dix-neuf ans, et j'étais étudiant aux Arts Décoratifs.
Ensuite, j'ai eu la chance d'être repéré par Alexander Liberman - directeur artistique de Condé Nast US - qui m’a demandé de venir travailler pour les journaux du groupe Condé Nast à New York : House and Garden, Vanity Fair, et en particulier l'édition américaine du magazine Vogue US avec Anna Wintour. Ce fut une immense opportunité pour moi.
 
- Hormis cette prédestination familiale, pourquoi êtes-vous devenu photographe ?
FH : Je parlais peu ; c’était un moyen de m’exprimer.
 
- Pouvez-vous expliquer votre approche de la photographie, et votre manière de travailler ?
FH : J'aime particulièrement l'esthétique et l'art de vivre ; mes images sont un mélange de travail de décoration, de photo d’intérieur, de photo de mode et de portraits, j’essaie d’être le plus direct, vivant, simple et efficace possible.
 
-  Quels sont les photographes qui vous ont marqué ?
FH : La liste est longue ! Brassaï, Man Ray, Helmut Newton, Guy Bourdin, Brancusi, Luigi Ghirri, Carlo Mollino, les photos de l'artiste Cy Twombly, celles d'Irving Penn, Richard Avedon et bien d’autres encore…
 
Récit de 3 shootings :
- Le plus cauchemardesque ?

FH : Et bien je ne me souviens pas du shooting le plus cauchemardesque : j’ai la mémoire sélective !
 
- Le plus grisant ?
FH : Sûrement d'être propulsé tout jeune photographe de mode dans les années 80 pour le Vogue US avec la célèbre Anna Wintour comme directrice artistique et d'assister, par exemple, aux premiers défilés de gens comme Christian Lacroix. Ou encore voyager avec le célèbre écrivain Bruce Chatwin…
 
- Le plus fou ?
FH : Risquer d'être pris en otage au Yemen, sortir un polaroïd de sa poche, impressionner ses ravisseurs avec cet objet insolite à leurs yeux, et s'en sortir en posant en photo avec quelques terroristes, kalachnikov au poing.
 
- Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans la photographie ?
FH : Avoir la chance de pouvoir photographier des artistes que j'admire, des lieux qui m’ont inspiré, des objets rares et précieux : par exemple photographier les carnets de dessins de Picasso, ou bien la maison de Cy Twombly et réaliser son portrait. Pouvoir travailler sur les catalogues de Miguel Barcelo, photographier la villa Malaparte, l’atelier de Cézanne, travailler en collaboration avec la collection Lambert, photographier Richard Avedon chez lui, travailler avec ou sur des artistes comme Julian Schnabel, Carlo Mollino, Bruce Chatwin, Luigi Ghirri, Robert Rauschenberg, etc. Tout cela rend vraiment passionnant le métier de photographe.
 
- Que pensez-vous du comparatif argentique / numérique ?
FH : J’ai toujours travaillé en argentique, et je continue de le faire. J'ai la chance de pouvoir travailler avec des magazines qui acceptent encore de payer les films, leur développement et leur traitement en post-prod. J’aime la souplesse du film, son grain, sa définition. Je n’ai pas choisi ce métier pour rester prisonnier derrière un écran, accroché par un câble à un ordinateur. Au contraire, j'ai choisi la photographie pour son esprit de découverte et son sens de la liberté.
 
- Comment votre style a-t-il évolué avec le temps ?
FH : J’ai eu la chance d’avoir un style dès le début… je tente de le garder.
 
- En tant que photographe, diriez-vous que c’est, de vos cinq sens, la vue qui vous procure le plus d’émotions ?
FH : Certainement. Je suis très influencé par la peinture et le cinéma, depuis toujours. Je suis également un collectionneur obsédé par l’esthétique. Je collectionne les beaux objets et les meubles ; je  me rends aux puces quasiment tous les week-ends depuis que j'ai quinze ans, quel que soit le pays dans lequel je me trouve pour mon travail. Je collectionne également les photos d'artistes que j'admire. Ma vie privée tout autant que mon métier sont totalement dédiés à l'esthétique.
 
- Quelle est l’activité qui vous permet de reposer vos yeux et de ressourcer votre envie de photographier ?
FH : Je n’ai pas tellement envie qu’ils se reposent, je crois : quand je ne fais pas de photos, je chine, je vais voir des expositions, je vais au cinéma ou bien j’organise mon prochain voyage.
 
- La photographie est-elle une activité vitale pour vous ?
FH : Oui, sans doute parce que c’est ce que je sais faire de mieux.
 
- Parmi la génération de demain, y a-t-il des photographes dont vous suivez le travail ?
FH : J’aime beaucoup regarder ce que fait la nouvelle génération. Mais je trouve qu’il y a moins de surprises aujourd’hui. La manière de consommer l’image n’est plus du tout la même. J’ai eu l’occasion de regarder beaucoup de magazines et de livres, un peu moins d’écrans de type Facebook ou Instagram et c’est là que se trouve la vraie différence générationnelle : je préfère que l’image reste sur papier, plutôt que de la voir se perdre dans un tourbillon numérique.
 
- Quel conseil donneriez-vous à un jeune photographe ?
FH : Travailler.
 

QUESTIONS SUBSIDIAIRES
SI VOUS ÉTIEZ

- Une couleur ?
FH : Le bleu.
 
- Un objet ?
FH : Une statue antique.
 
- Un sentiment ?
FH : L'amour.
 
- Un parfum ?
FH : La fleur d'oranger.
 
- Une chanson ?
FH : … quelque chose de Gainsbourg.
 
- Un alcool ?
FH : Un grand Bordeaux.
 
- Un artiste ?
FH : Entre le sculpteur grec Praxitèle et les artistes Fischli & Weiss, en passant par les peintres Ingres et Picasso...
 
- À quoi vous sert l’art ?
FH : À ma paix et mon bonheur intérieurs. 
 

 

UN PHOTOGRAPHE + UN LABO
François Halard & Processus

- Pourquoi avez-vous choisi Processus ?
FH : Incontestablement pour la qualité de son travail, la disponibilité et la gentillesse de l’équipe.


Interview : Sandrine Fafet
(Octobre 2014)